Histoires du temps qui passe
Un vieil homme raconte qu’autrefois, à bord d’un bolide de son invention, il réussissait (grâce à la vitesse phénoménale de l’engin) à s’affranchir de tout repère spacio-temporel. En effet ce dernier était par exemple capable de faire le tour du globe terrestre en une infinitésimale fraction d'instant, donnant ainsi à un éventuel spectateur l’illusion qu’il n’avait pas bougé d’un millimètre.
La rue se fige, comme si brutalement l’air s’était solidifiée. Puis, sous l’effet d’une soudre détonation, tout s’anime à nouveau. Cela n’a duré qu’une fraction de seconde, c’est négligeable, si bien que personne ne s’inquiète ni même ne s’aperçoit du phénomène.
Chaque jour, luttant contre le défilement immobile d’une existence sans illusion, un groupe de jeunes gens désoeuvrés tente de tuer le temps. Mais cet acte de violence se heurte immanquablement à l’incompréhension des citoyens aux vies chronométriquement réglées, organisant et optimisant chaques minutes de leur vie afin de ne pas se retrouver seul face à quelques effroyables instants de réflexion.
Accrochés à leur écrans, les hommes de sciences se penchent sur notre monde. Car depuis peu, de petits fragments de temps se perdent sans laisser de traces : quelques secondes par-ci, plusieurs minutes par-là... D’autres fragments encore subissent d’étranges contractions. Nous glissons lentement vers l’immobilisme, figés d’éffroi par le peu de temps qui nous reste. Alors nous nous réfugions dans l’accumulation d’étranges et éphemères activités, avec l’espoir d’y trouver le temps de vivre nos rêves...